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TERRE BLANCHE de Simona Ferrante

Canada.

Une enquête policière est ouverte à propos de la disparition d’une petite fille de cinq lors d’une sortie familiale dans un parc. Or l’histoire du couple formé par Clara et Bruno, les parents de la fillette, recèle un secret enfoui, un secret qui les mine.

Les diverses pistes du lieutenant Robert Logan le conduisent vers Paul, l’ancien colocataire de Bruno, avant qu’ils ne deviennent tous les avocats. Difficile de faire le lien avec Angun, une ancienne prostituée et animatrice dans un bar de danseuses qui a tenté de changer de cap.

Robert Logan, lui-même enserré dans une histoire familiale traumatisante va devoir dénouer le passé des protagonistes. En dévoilant des secrets bien cachés, le présent se révélera, et élucidera la disparition de Rebecca.

MON AVIS

Il est difficile de cataloguer ce roman dans une catégorie précise car l’auteure surfe sur différents registres tout au long de l’intrigue. On part d’un thriller domestique avec la disparition d’une enfant pour basculer dans une affaire plus complexe (sociale, judiciaire) où le passé resurgit là où l’on ne l’attendait pas. La sérénité familiale se confronte à la violence psychologique d’un enlèvement et la respectabilité de notables fricote avec le monde de la nuit…

La multitude des thèmes abordés procure du rythme au récit et compense la stagnation apparente du lieutenant Logan dans son enquête pour retrouver Rebecca.

L’humanité des personnages suggérée par les failles et faiblesses normales les rend tous attachants. L’auteure a su montrer que le présent était perméable aux souffrances passées. Son illustration par le biais du roman montre cette vérité, et la renforce malgré la logique qui permettrait de penser que la réussite sociale aurait pu les panser.

Un ouvrage à découvrir (200p.) : je vous le recommande vivement. Les chapitres courts, l’interaction des personnages, et les évocations ponctuelles du passé dynamisent une lecture très agréable à mi-chemin entre polar et intrigue familiale. L’auteure a réussi ce challenge tout en finesse.

POUR ALLER PLUS LOIN…

L’auteure

Aujourd’hui Chambérienne, Simona, d’origine roumaine est diplômée de l’université Roumaine en Lettres. Dans son roman autobiographique👉📖 « PROMESSES », elle témoigne d’une réalité dictature de la Roumanie vécue de l’intérieur.

Professeur de littérature en Roumanie, elle a rejoint la France où elle a été correspondante de presse et interprète. Elle participe depuis plusieurs années au Festival du premier roman de Chambéry et travaille actuellement sur la traduction en français d’un roman roumain.

Ses livres précédents s’adressent à divers publics : les contes mythologiques, Sînzienele ou les Fées de l’amour, Mythes et légendes de Roumanie, 2017 Harmattan et des contes pour enfants ( Trois souhaits pour Noël, Lino a beaucoup d’amis et Lino a une grande famille), elle offre un volet plus léger.

Interview de Simona Ferrante

à venir…Entretien avec Simona Ferrante

Annec (LPSE-les paroles s’envolent): L’intrigue du roman se passe au Canada, entre Montréal et Gatineau, une petite ville proche de la métropole. Pourquoi ce choix ?

S.F. (Simona Ferrante) : Au début, je cherchais un pays francophone où la prostitution était légale ou l’était jusqu’à récemment. J’ai choisi le Canada comme cadre de l’histoire parce que là-bas la prostitution s’exerçait encore dans un cadre légal jusqu’à 1990. J’ai situé l’action dans le quartier Red Light car ce genre de clubs que je décris étaient nombreux. Entre 1925 et 1960, le quartier était le siège de la criminalité montréalaise. Mais, bien sûr, il a évolué. Aujourd’hui, Red Light est le quartier des spectacles, avec 36 salles de spectacles et 40 festivals par an. Il est devenu un lieu vivant où s’exprime la créativité des artistes de Québec.

Annec-LPSE : Votre roman s’inspire-t-il d’une histoire vraie ?

S.F. : Non, c’est une fiction. Tout d’abord, même si cela peut sembler incroyable, la genèse de l’histoire vient d’un rêve fait une nuit, dont voici des scènes rêvées : deux copains se lancent un défi, ils échangent leurs copines ; une petite fille est enlevée et cachée dans un bordel ; le sentiment de culpabilité ronge un des hommes qui n’est pas sûr de sa paternité.

Ensuite, certaines scènes du roman sont inspirées de ma vie et d’autres ont été vécues par des personnes que je connais, qui me les ont racontées. À travers les confessions de personnes rencontrées, je suis devenue témoin de leur drame : comme celui de Robert enfant, maltraité psychologiquement et qui a grandi trop vite ; ou Rosa, une mère alcoolique qui fait une tentative de suicide seule avec ses enfants à la maison ; ou comme celui d’Angun, une prostituée qui est d’abord une mère et une femme amoureuse. Pour le sénateur, c’est un personnage imaginé, mais tellement réaliste et actuel !

Durant l’écriture du roman, mon sujet était déjà construit. Et, il y a eu l’histoire de Maelys, la fillette enlevée avec un énorme engouement médiatique autour de cette affaire qui nous a tous émus. Je me suis demandé à ce moment-là ce que devait ressentir la maman de Maelys. Comment pouvait-elle vivre au jour le jour et avancer ? La scène de Clara prostrée au pied du lit de sa fille considérant sa douleur physique comme salutaire parce qu’elle lui fait oublier celle de l’âme est inspirée de cette question.

Une autre affaire m’a aussi inspirée : celle de la prostituée de luxe qui a menacé de publier le cahier avec le nom de ses clients.

Annec-LPSE :Considérez-vous que « les causes » représentées par vos personnages doivent être défendues ?

S.F. : Je ne représente pas une identité de groupe. Je n’ai pas écrit le roman pour défendre une cause. Les histoires que vivent les personnages peuvent avoir lieu aussi bien au Canada qu’en France ou en Roumanie.

Les thèmes que j’aborde me tarabustent depuis plusieurs années. Au cours des années où je travaillais au bar, j’ai rencontré des personnes marginalisées par la société à cause de leurs choix de vie, de leur orientation sexuelle ou de leur profession. L’une d’entre elles me racontait combien c’était difficile pour elle de gérer sa vie professionnelle et la garde de son fils en travaillant de nuit ; elle devait s’organiser avec la nounou et sa famille.

Dans le roman, j’ai voulu transmettre l’idée que ni l’orientation sexuelle ni notre profession ne sont des éléments essentiels de notre caractère. Ils ne nous définissent pas : avant tout, nous sommes des Êtres humains, avec des droits, des sentiments et avec notre lot de drames personnels.

Annec-LPSE : Avez-vous utilisé des noms réels ? Est-ce que les bars et les cabarets que vous nommez dans le roman existent en réalité ?

S.F.: – Je n’ai pas utilisé de noms réels. Mais certains sont symboliques : « La belle étoile », « Le Cube » – un espace fermé, « Le Caprice ».

Ensuite, Margot Mabelle ou Stella Bellame ». Avec le prénom de Stella, j’ai voulu saluer le travail de l’association les « Ami/e/s de Stella », une association canadienne qui lutte pour l’amélioration des conditions de vie des travailleuses/travailleurs du sexe au Canada.

Annec -LPSE : Les sujets que vous abordez vous étaient-ils familiers ?

S.F. : —Non. Je voulais écrire un roman actuel, je ne voulais pas déterrer des problématiques d’il y a deux siècles en arrière.

J’ai commencé à écrire le roman en 2017. Dans un souci de justesse, pendant presque deux ans je me suis documentée. J’ai fait des recherches concernant les affaires judiciaires d’héritage, sur le déroulement des enquêtes policières, et spécialement celles d’enlèvement. Mais j’ai aussi étudié l’évolution et la législation concernant la prostitution pendant les trois dernières décennies au Canada, sur les lieux où j’ai situé l’action du roman.

Des collaborateurs m’ont fourni des renseignements et de la documentation sur ces sujets, comme cette association canadienne. J’ai été en lien avec deux membres de l’association « Les ami/e/s de Stella ». Elles m’ont fourni un ample matériel sur leur travail. Je me souviens de leur méfiance envers l’image que je pouvais donner du personnage de la jeune femme prostituée. Ces femmes sont souvent regardées de manière dépréciative, méprisante. Pour pouvoir rendre plus réalistes certaines scènes, j’ai même passé une soirée dans un cabaret pour connaître l’aménagement et le mode de fonctionnement.

Annec – LPSE: Quelle signification a le titre « Terre blanche » ?

S.F. : – « Terre », une terre d’accueil et signifie l’appartenance à un lieu. Nous sommes aussi chacun d’entre nous une terre pour quelqu’un d’autre, un refuge, un point d’amarre, un port. La terre blanche est un espace de renaissance, un territoire nouveau ou vierge, sur lequel on peut construire. La couleur blanche est la couleur des cendres après un feu dévastateur. et la neige aussi efface la décadence de la nature. C’est la couleur du recommencement.

L’histoire des oies des neiges est exemplaire, bien qu’elle soit très connue. Elle est emblématique pour le pays du Canada et symbolique pour mon roman. Pour nombreuses personnes, le vol des oies de neige est une source d’inspiration. La terre blanche est une quête de l’endroit où l’on pourrait être heureux, aimé et accepté, ensemble. C’est la terre promise que les oies des neiges cherchent dans leur vol.

Annec-LPSE : Après « Promesses », et « Terre blanche », vos deux romans, quels sont vos projets ?

J’ai traduit en roumain le roman « Terre blanche », publié en juillet par « Editura National » à Bucarest. Ensuite, je travaille sur mon troisième roman, mais je suis en phase de documentation qui peut être très longue parfois.

Merci et à très bientôt Simona

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